ECART
T-shirt sérigraphiés, cintres
Le mot n'est jamais donné d'un seul locataire. Il est divisé, réparti, tenu à distance de lui-même.
Ici le mot « écart » fonctionne de manière analogique. Chaque tee-shirt pris séparément est incomplet, presque muet. C'est seulement dans leur coexistence, et dans l'espace qui les sépare que le langage advient. L'intervalle devient un lieu de production du sens, un espace syntaxique plutôt qu'un vide. Le choix du vêtement implique le corps, la mobilité, il introduit la possibilité de deux présences humaines. L'écart n'est plus seulement une donnée formelle, il devient relationnel renvoyant à la distance entre deux individus, à la négociation permanente de la proximité, à ce qui sépare tout en dépendant. C'est dans ce contexte qu'émerge un troisième espace. Ni strictement matériel, ni purement linguistique, il est l'espace produit par la relation elle-même. Un espace instable, variable, dépendant des corps qui l'activent et du regard qui tente d'y lire quelque chose. Ce troisième espace n'est pas un lieu de synthèse harmonieuse ; il est au contraire un lieu de tension, de projection, d'incomplétude.
