À travers une pratique du détournement, je conçois des processus de mise en espace de l'écriture. Mon vocabulaire visuel se compose d'objets sur lesquels j'interviens par le texte, envisagé comme une matière plastique. Située entre le formel et le poétique, l'écriture donne à lire le langage implicite de l'objet, en révélant ce que son usage produit comme discours et ce que nos attentes projettent sur lui. Pour faire émerger ce langage tacite, je travaille l'écriture comme une matière à sculpter , j’allonge les mots, je les tords, les soustraits, afin de rendre perceptibles des zones habituellement neutralisées par l'évidence de l'usage, silence, retrait, indétermination.
Les dispositifs de lecture qui en résultent interrogent les conditions d'instauration de l'attente : voir, lire, comprendre. Ils mettent en jeu une promesse de sens ou de révélation qui demeure volontairement différée, partiellement satisfaite ou laissée en suspens. Ces écarts produisent des situations d'attente où l'absence et la durée se croisent sans se résoudre, fournissent le spectateur face à un désœuvrement assumé. La distance et l'ironie deviennent alors des modes d'engagement possibles pour faire face à ces non-résolution.